Le 28 mai 2025, un éboulement dévastateur provoqué par l'effondrement d'un glacier a détruit une grande partie du village de Blatten, dans le Lötschental, dans le canton du Valais, en Suisse. Bien que le village ait été entièrement évacué grâce à une surveillance rigoureuse, une victime a tout de même été déplorée. La catastrophe a bouleversé le paysage, enseveli des habitations et perturbé tous les aspects de la vie locale.
Avant cette catastrophe, Planval, une agence de gestion du changement travaillant avec les communes de la vallée sur leur stratégie de développement à long terme «Heimat Lötschental – zämm stah, vorwärts gah» (Patrie Lötschental – rester unis, aller de l’avant), s’est soudainement retrouvée confrontée à un nouveau défi. Les familles étaient dispersées à travers le canton et au-delà, certaines hébergées chez des proches, d’autres dans des logements provisoires. Les réseaux très soudés qui caractérisent les communautés de montagne n’avaient plus de lieu physique où s’épanouir.
La plateforme Decidim pour Heimat Lötschental
Le projet : préserver la cohésion sociale grâce à la plateforme Decidim
Lors du premier atelier public organisé dans le cadre du processus de planification de Planval, qui s'est tenu à peine quatre semaines après la catastrophe, l'idée a germé de créer un espace en ligne destiné aux habitants.
La question centrale était simple : une plateforme en ligne pouvait-elle aider la communauté à rester en contact, informée et impliquée dans les décisions concernant son avenir ?
La mise en place d'une instance Decidim a été envisagée dans deux buts principaux :
1. Un espace pour entretenir les liens communautaires
Grâce aux modules consacrés aux réunions et aux débats, les personnes évacuées auraient pu :
annoncer des rencontres informelles
partager les actualités
parler de ce qui se passait dans la vallée
2. Un espace pour discuter de l'avenir
Compte tenu des incertitudes liées au retour, à la reconstruction et à la relocalisation, un volet « propositions » aurait pu apporter un soutien à la communauté en permettant aux habitants :
rassembler des idées
soulèver des préoccupations
réfléchir à la stratégie de développement à long terme
Il ne s'agissait pas d'un projet commercial. Urban Equipe et Octree ont toutes deux proposé de parrainer la plateforme. Octree assurerait l'hébergement sur Voca, tandis qu'Urban Equipe apporterait son aide pour le support technique, la configuration et la création du contenu initial.
Pourquoi cela ne s'est-il pas produit ?
Malgré une demande manifeste et l'enthousiasme de la population, le projet n'a jamais vu le jour. Un représentant du projet a résumé la situation comme suit :
« Nous avons lancé de nombreux projets avec beaucoup d’enthousiasme, mais – comme vous pouvez l’imaginer – il y a tellement de « vautours » qui s’attaquent aux habitants de la vallée que rien ne se passe pour le moment. J’ai rédigé un projet de lieu de rencontre en ligne et hors ligne, qui a été approuvé par le conseil de la vallée. Nous aurions pu commencer à le mettre en œuvre, mais tout s’est enlisé dans un marécage administratif… La population a accueilli cette plateforme à bras ouverts, mais le projet s’est enlisé au niveau politique. »
– Sabina Ruff, Planval
Enseignements pour l'écosystème Decidim
Même si la plateforme n'a jamais été lancée, cette expérience apporte des enseignements importants à la communauté Decidim :
1. Dans les situations de crise, il peut s'avérer impossible d'obtenir une autorisation officielle
Lorsque les autorités sont débordées, une approche portée par la communauté ou lancée par des civils peut s'avérer être le seul moyen de passer à l'action. Les habitants ont souvent la volonté et la capacité de s'organiser eux-mêmes, même lorsque les institutions ne sont pas en mesure de réagir rapidement.
2. Il faut mieux faire passer le message sur l'importance de la cohésion sociale
Les plateformes numériques ne servent pas uniquement à l'urbanisme ou à des processus de participation structurés. En cas de catastrophe, elles permettent notamment :
réduire l'isolement
coordination de l'aide
partager et discuter des dernières actualités
entretenir un sentiment d'appartenance
Un cadre mettant en évidence ces aspects, en particulier pour un projet technopolitique tel que Decidim, serait utile pour de futures initiatives.
3. Decidim, en Suisse, doit affirmer davantage son identité au service de l'intérêt général
Une plateforme conçue comme un bien commun numérique tire profit du fait d'être considérée comme un outil civique, et non comme une offre de services. Une présence technopolitique plus forte peut réduire les obstacles, en particulier lorsque les communautés sont vulnérables et que la confiance est fragile.
Il est possible que cette initiative ait été perçue différemment si elle avait émané directement de l'association Decidim ou d'une section locale. Une identité civique clairement affirmée aurait peut-être permis de réduire les hésitations et de renforcer la confiance.
Et maintenant ?
En tant que partenaires officiels de Decidim, Urban Equipe et Octree continuent de s'engager à explorer comment Decidim peut aider les collectivités non seulement dans le cadre de la planification participative, mais aussi en matière de gestion des crises et de relance.
Nous sommes très heureux que le comité de coordination de Decidim ait approuvé la création d'une section locale Decidim en Suisse (la première au monde), un espace accessible à tous où les communes suisses, les associations de la société civile et les communautés peuvent découvrir Decidim sans avoir à se soucier de lourdes démarches administratives ni d'intérêts commerciaux.
📩 Si vous êtes curieux, si vous avez une idée similaire ou si vous souhaitez tester Decidim dans votre propre contexte, n'hésitez pas à contacter : hello@voca.city
👉Les conclusions de ce projet ont été présentées lors de l'édition annuelle du Decidim Fest à Barcelone. Vous pouvez revoir cette présentation ainsi que d’autres cas d’utilisation de Decidim ici.
— Urban Equipe & Octree